2026-09-07
Article
Guinée : la pression monte sur le régime de Mamadi Doumbouya après la découverte de six corps à Forécariah
La découverte, le 24 août 2026, de six corps ligotés dans une fosse commune à Forécariah suscite une vive inquiétude en Guinée et au-delà. Alors qu’une enquête a été ouverte par la justice guinéenne, les appels se multiplient pour qu’elle soit conduite de manière indépendante, transparente et crédible, avec l’appui d’experts médico-légaux nationaux et internationaux.
Le parquet de Forécariah a ouvert une enquête afin de déterminer les circonstances dans lesquelles ces personnes ont trouvé la mort. Pour plusieurs acteurs de la société civile, cette enquête doit impérativement répondre aux standards d’indépendance, d’impartialité et de transparence afin de permettre l’établissement des faits et l’identification des éventuels responsables.
Les avocats du FNDC saisissent les Nations unies
Dans une lettre en date du 2 septembre 2026, les avocats du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), réunis au sein du cabinet Bourdon & Associés, ont saisi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Ils demandent notamment au Haut-Commissariat de saisir "sans délai" les titulaires de mandat au titre des procédures spéciales compétentes, en particulier le Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires et le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Les avocats sollicitent également que les autorités guinéennes soient instamment invitées à conduire l’enquête avec le concours d’experts médico-légaux indépendants, y compris internationaux, et à rendre publiques ses conclusions.
Ils demandent par ailleurs au Haut-Commissariat de proposer aux autorités guinéennes un appui technique, notamment dans les domaines médico-légal et de l’observation, afin de contribuer à garantir l’indépendance et la crédibilité des investigations.
Enfin, les avocats du FNDC demandent une nouvelle fois que soit clarifié le sort d’Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah, portés disparus depuis le 9 juillet 2024, et que soient prises en compte les communications antérieures adressées aux autorités guinéennes par les procédures spéciales des Nations unies.
Vingt organisations africaines réclament une enquête indépendante
Avant cette saisine, vingt organisations de la société civile africaine avaient appelé les autorités guinéennes à prendre des mesures urgentes à la suite de la découverte des corps. Elles réclament notamment "une enquête indépendante, impartiale et transparente", menée avec l’appui d’experts médico-légaux nationaux et internationaux afin d’identifier formellement les victimes. Ces organisations demandent également la réalisation d’autopsies et de tests ADN, ainsi que la restitution rapide des résultats aux familles.
Elles insistent enfin sur la nécessité d’assurer une protection effective aux témoins, aux familles des victimes et aux défenseurs des droits humains susceptibles de documenter les faits.
La France appelle à une enquête indépendante et transparente
Le porte-parole adjoint du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, Glenn Salic, a déclaré que la France a fait part de sa "vive émotion" à la suite de la découverte des six corps dans une fosse commune à Forécariah. Paris appelle les autorités guinéennes à mener l’enquête ouverte par la justice "en toute indépendance et en toute transparence".
Cette prise de position intervient alors que les autorités guinéennes sont confrontées à des demandes croissantes de clarification sur plusieurs affaires liées aux droits humains et aux disparitions de personnes critiques à l’égard du pouvoir.
TLP-Guinée donne l’alerte
Dans les 48 heures suivant la découverte des corps, Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée) avait tiré la sonnette d’alarme et appelé à une réaction rapide des autorités. Dans son communiqué, TLP-Guinée a pris acte de l’ouverture d’une enquête par le parquet de Forécariah, tout en exigeant que celle-ci soit "indépendante, transparente et crédible", avec l’appui d’experts légistes nationaux et internationaux. Notre coalition guinéenne demande notamment l’identification formelle des victimes et l’information de leurs familles, mais également que soient recherchés et poursuivis "tous les auteurs et commanditaires présumés quels que soient leur rang et grade respectifs".
TLP-Guinée réclame par ailleurs la publication régulière des résultats de l’enquête afin de permettre de faire toute la lumière sur les circonstances de cette affaire et de contribuer à restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions. "Le droit à la vie est garanti par la Constitution guinéenne et par les engagements internationaux de notre pays. Aucune raison ne peut justifier des exécutions sommaires. L’impunité ne saurait être une méthode de gouvernance", rappelle le coordination de TLP-Guinée, Alseny Farinta Camara. L’organisation avait également annoncé la saisine de plusieurs acteurs internationaux, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, Amnesty International, Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) ainsi que les chancelleries diplomatiques présentes en Guinée.
Le FMI interpellé
TLP-Guinée, au nom la société civile guinéenne, interpelle le FMI, avec la plus grande urgence, avant la validation (prévue en ce mois-ci, septembre), par son Conseil d'administration, du programme de 425 millions de dollars. Dans sa lettre adressée à la directrice générale de l'institution, Kristalina Georgieva, ce 3 septembre 2026, la coalition recommande au FMI : "d’intégrer des clauses de gouvernance et de droits humains dans le programme, avec des indicateurs mesurables sur la liberté d’association, de presse et de manifestation; de conditionner les décaissements à la reddition des comptes des enquêtes ouvertes sur les cas de violations graves documentées, à commencer par les fosses communes de Forécariah; d’assurer la consultation régulière des organisations de la société civile guinéenne dans le suivi de l’exécution du programme."
Récation des Forces vives de Guinée
Les Forces Vives de Guinée (FVG) ont condamné, dans une déclaration rendue publique le 26 août 2026, avec la plus grande fermeté cette pratique récurrente de la junte guinéenne qui consiste à se livrer à des exécutions extrajudiciaires de citoyens et à faire disparaître les corps des victimes. Elles ont invité les autorités judiciaires compétentes à engager sans délai des enquêtes sérieuses, en commençant par l'autopsie et l'implication des familles des victimes de disparitions forcées dans le processus de l'identification des corps, afin d'établir les circonstances de ces assassinats et de poursuivre les auteurs ainsi que toute personne impliquée dans la commission de ces crimes.
Faire toute la lumière
La découverte de ces six corps intervient dans un contexte marqué par de fortes préoccupations concernant la situation des droits humains et des libertés publiques en Guinée depuis la prise du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya en septembre 2021. Pour Tournons La Page, l’enjeu dépasse désormais la seule identification des victimes. Il s’agit également de garantir aux familles le droit de connaître la vérité, d’établir les responsabilités éventuelles et de prévenir toute répétition de tels faits.
Une enquête crédible suppose que les investigations puissent être menées à l’abri de toute pression, que les éléments médico-légaux soient rigoureusement établis et que les résultats soient communiqués de manière transparente. "La communauté internationale doit se saisir de cette découverte macabre pour demander des comptes au régime de Mamadi Doumbouya, qui fait de la disparition forcée son sport favori. Nous réclamons une enquête internationale et indépendante afin que toute la lumière soit faite sur ces faits et que les responsables répondent de leurs actes.”, a déclaré le président de Tournons La Page, Elias Behanzin.