Au Togo, quatre figures de la victoire de Tournons La Page en 2025 | Tournons la Page

2026-01-08

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Au Togo, quatre figures de la victoire de Tournons La Page en 2025

Honoré Sitsopé Sokpor, dit Affectio, Abdoul Fadel Ouattara, connu sous le nom de Prince Fadel, artiste engagé, Armand Agblézé, président de la Synergie des jeunes pour le développement social (SJDS), organisation membre de Tournons La Page Togo (TLP-Togo), ainsi qu’Oséi Agbagno, membre de la SJDS, tous membres de TLP-Togo, figurent parmi les 1 511 détenus graciés selon la session du 30 décembre 2025 du Conseil des ministres togolais. Ils ont été libérés le 31 décembre 2025.

 

Cette libération constitue l’une des victoires marquantes de TLP au Togo en 2025. Si elle peut être perçue comme un simple acte de clémence de Faure Gnassingbé, elle est surtout l’aboutissement d’un combat collectif mené avec constance par TLP-Togo, en collaboration avec d’autres organisations de la société civile, des acteurs politiques démocrates et des défenseurs des droits humains, tant au niveau national qu’international.

Tout au long de leur détention, TLP-Togo n’a cessé d’exiger leur libération, dénonçant l’instrumentalisation de la justice, les attestations et détentions arbitraires, la violence et les atteintes répétées aux libertés fondamentales. À travers des campagnes de sensibilisation, des communiqués, ainsi que des actions de plaidoyer au plan national et international, l’organisation a maintenu la pression, refusant l’oubli et l’indifférence.

Cette mobilisation a d’ailleurs été saluée par Abdoul Fadel Ouattara, alias Prince Fadel, quelques jours après sa libération :

 « Je viens à remercier toutes les organisations de la société civile, des droits humains, les acteurs politiques, les avocats, sur le plan national et dans la diaspora, qui se sont battus pour notre libération », a-t-il déclaré.

 

Des arrestations arbitraires et contestées

 

Honoré Sitsopé Sokpor, alias Affectio, a été enlevé le 12 janvier 2025 à Lomé par des éléments de la gendarmerie nationale, avant d’être violemment passé à tabac et placé en détention dans leurs locaux. Présenté le 14 janvier à un juge d’instruction, il a été inculpé pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État ». Un mandat de dépôt a été délivré le 15 janvier, entraînant son transfert à la prison civile de Lomé.

Le 26 février 2025, la Cour d’appel de Lomé a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par ses avocats. Il lui était reproché d’avoir incité à la désobéissance civile à travers ses publications sur les réseaux sociaux, notamment son poème intitulé « Fais ta part ». Dans ce texte, Affectio dénonçait l’oppression gouvernementale et appelait à une mobilisation citoyenne contre un système politique qu’il juge injuste. Les autorités ont considéré l’expression « Indignez-vous » comme un appel à l’insurrection et à la révolte contre les institutions de l’État.

 

De son côté, Abdoul Fadel Ouattara, alias Prince Fadel, est un artiste engagé dont les chansons étaient régulièrement diffusées lors des manifestations populaires. Il a été interpellé le 25 novembre 2019 dans le cadre de l’affaire dite « Tigre Révolution », liée aux manifestations politiques de 2017, au cours desquelles plusieurs personnes avaient été accusées d’atteinte à la sûreté de l’État. Conduit à son domicile pour une perquisition, aucune preuve incriminante n’y a été découverte. Malgré cela, il a été maintenu en détention sans jugement jusqu’à sa libération.

Son arrestation est intervenue peu après la sortie de sa chanson « Faure doit partir. Trop c’est trop », un titre ouvertement critique à l’égard du pouvoir en place.

Selon un certificat médical établi le 10 juin 2025, Abdoul Fadel Ouattara a été hospitalisé le 4 mai 2024 pour des pathologies multiples et persistantes, consécutives notamment à des traumatismes subis durant sa détention. Le document médical fait état d’un risque évolutif sérieux, susceptible d’engager son pronostic vital, et recommande une prise en charge spécialisée urgente.

 

Le 23 août 2025, Armand Agblézé et Oséi Agbagno ont été arrêtés arbitrairement à Adidogomé, un quartier de Lomé, par des hommes en civil qui les ont embarqués à bord d’une voiture banalisée et conduits vers les locaux du Service central d’investigations criminelles (SCRIC) à Lomé.

 

Le 28 août 2025, Armand Agblézé et Oséi Agbagno ont été déférés devant le procureur de la République qui a décidé de saisir le juge d’instruction. Le juge d’instruction a ouvert une information judiciaire et les a inculpés pour « trouble aggravé à l’ordre public » avant de délivrer un mandat de dépôt exécuté le mardi 2 septembre 2025. Ils ont été détenus à la prison civile de Lomé jusqu'à leur libération le 31 décembre 2025, jouissant d'une liberté provisoire, contrairement à la grâce présidentielle annoncée.