Réformes constitutionnelles au Bénin : entre acquis démocratiques et préoccupations légitimes | Tournons la Page

2026-02-25

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Réformes constitutionnelles au Bénin : entre acquis démocratiques et préoccupations légitimes

Les Béninois et les Béninoises se rendront aux urnes le 12 avril prochain dans le cadre de l’élection présidentielle, pour laquelle seuls deux candidats sont en lice. À quelques semaines de ce rendez-vous majeur, Tournons La Page revient sur les réformes constitutionnelles qu’a connues le pays au cours des deux quinquennats du président sortant, Patrice Talon, qui achève son second et dernier mandat conformément à la Constitution.

En tant qu’organisation engagée dans la promotion de la gouvernance démocratique en Afrique, Tournons La Page salue les avancées significatives enregistrées, tout en exprimant de vives préoccupations quant à la méthode et à l’esprit ayant accompagné ces révisions.

 

Des acquis préservés

 

Deux principes fondamentaux ont été maintenus :

 

  • La limitation des mandats présidentiels, pilier essentiel de l’alternance démocratique.
  • L’interdiction de toute prolongation de mandat, garantissant que nul ne puisse s’éterniser au pouvoir par des artifices juridiques.

 

Ces dispositions constituent des garde-fous indispensables contre les dérives autoritaires observées ailleurs sur le continent. Elles traduisent l’attachement historique du Bénin au principe de l’alternance et à la stabilité institutionnelle.

 

Des réformes entourées de controverses

 

Au-delà de ces acquis maintenus, plusieurs préoccupations demeurent :

 

  • Des réformes adoptées sans consultation populaire large
  • Une absence de consensus politique réel
  • La révision de novembre 2019 votée par une assemblée monocolore
  • La modification de la durée des mandats présidentiels, législatifs et municipaux
  • La révision de novembre 2025 contestée par l’opposition parlementaire

Ces éléments interrogent non seulement la méthode, mais aussi la légitimité perçue des réformes.

 

La démocratie ne se limite pas aux textes

 

La démocratie ne saurait se réduire au respect formel du nombre de mandats.

Elle repose avant tout sur le consentement du peuple.

 

Lorsqu’une Constitution est modifiée sans consultation inclusive ni dialogue national approfondi, ce n’est pas uniquement un texte juridique qui évolue : c’est la confiance citoyenne qui s’érode.

 

Une Constitution ne doit jamais devenir un instrument circonstanciel, ajusté aux équilibres politiques du moment. Elle doit au contraire :

  • Protéger le pluralisme
  • Garantir l’inclusion
  • Préserver la stabilité démocratique
  • Consolider la confiance entre gouvernants et gouvernés

 

Sans consultation populaire véritable, aucune réforme ne peut pleinement incarner la légitimité démocratique.

 

Pour une culture du dialogue et de la participation

 

L’expérience béninoise rappelle une évidence :

La démocratie vit dans la participation, le dialogue et la confiance.

 

La consolidation institutionnelle passe nécessairement par des processus inclusifs associant les forces politiques, la société civile et les citoyens. La limitation des mandats est une condition essentielle, mais elle ne suffit pas à elle seule à garantir la vitalité démocratique.

 

La démocratie ne vit pas uniquement dans les textes.

Elle vit dans l’engagement citoyen, la responsabilité politique et la légitimité populaire.

 

Cet article a été rédigé dans le cadre du projet NDI sur la limitation des mandats.