2025-07-10
Répression sanglante au Togo : Brigitte Ameganvi dénonce l'impunité et réclame une enquête internationale
Les 26, 27 et 28 juin 2025 resteront gravés dans la mémoire collective des Togolais. Trois jours de manifestations massives contre la mauvaise gouvernance, l’injustice et le récent changement de Constitution ont été réprimés dans le sang par les forces de sécurité. Le bilan humain fait état d’au moins sept morts, des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations arbitraires. Face à l’émoi suscité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, le parquet togolais a annoncé l’ouverture d’une enquête. Mais cette démarche est loin de rassurer les défenseurs des droits humains.
Brigitte Ameganvi, trésorière de Tournons La Page, a réagi vigoureusement à cette annonce dans une interview accordée à Eric Topona, journaliste au service francophone de Deutsche Welle. Pour elle, il ne fait aucun doute : le gouvernement togolais est disqualifié pour mener une enquête crédible sur les événements tragiques de fin juin.
« Le gouvernement du Togo n’a aucune crédibilité pour mener une enquête juste, objective, sérieuse et sincère », a-t-elle déclaré, soulignant deux raisons majeures : l’impunité systémique et la communication biaisée de l’État.
Selon Ameganvi, le régime Gnassingbé s’est bâti depuis 58 ans sur l’impunité, depuis le coup d’État militaire qui porta Gnassingbé Eyadéma, père de l’actuel président du Conseil, au pouvoir en 1967. Elle rappelle que les massacres, disparitions forcées et actes de torture n'ont jamais donné lieu à des poursuites sérieuses, ancrant une culture d’impunité profondément enracinée dans les institutions.
Pire encore, le gouvernement togolais a d’ores et déjà biaisé l’enquête en félicitant publiquement les forces de l’ordre pour leur « professionnalisme » dans la gestion des manifestations.
À cela s’ajoute une autre ligne de défense du pouvoir : l’accusation de désinformation. Les nombreuses vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des exactions policières ont été, selon les autorités, fabriquées à l’aide d’intelligence artificielle. Une déclaration que les observateurs jugent inquiétante, voire cynique, dans un pays où l'accès à une information libre reste très limité.
Un État de terreur, au-delà de ses frontières
Au-delà du drame humain, Ameganvi met en lumière l’étonnant silence des organisations régionales et internationales. Ni la CEDEAO, ni l’Union africaine, ni même les pays occidentaux traditionnellement prompts à condamner les atteintes aux droits humains, n’ont jusqu’ici élevé véritablement la voix.
« Le Togo est un État de terreur non seulement vis-à-vis de sa propre population, mais également à l’échelle régionale et internationale », accuse-t-elle.
Pour sortir de cette impasse, Brigitte Ameganvi appelle à une commission d’enquête internationale indépendante, sous l’égide du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une démarche similaire à celle de 2005, après les violences postélectorales qui avaient accompagné l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir. Mais cette fois, insiste-t-elle, il faudra aller jusqu’au bout : traduire les responsables devant la justice, y compris le tribunal pénal international.
Pour rappel, le rapport d’enquête internationale de 2005 a établi l’existence de violences d’État et a estimé le nombre de victimes à environ 400 à 500 morts. À ce jour, ces faits n’ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire, ni au niveau national, ni au niveau international. Les 500 morts identifiés par le rapport de la mission d’établissement des faits de l’ONU — contre 800 selon les estimations de la FIDH — doivent être rapportés à une population togolaise qui comptait à l’époque à peine 5 millions d’habitants.
De nouvelles manifestations annoncées
Dans une vidéo diffusée sur TikTok en fin de semaine dernière, des blogueurs et artistes annoncent la reprise des mobilisations : « Les 16 et 17 juillet, on reprend les manifestations ».
La date du 17 juillet est particulièrement symbolique, car elle correspond à la tenue des élections municipales. Plusieurs partis d'opposition et figures de la société civile demandent leur report, dénonçant un climat politique tendu et un manque de transparence dans le processus électoral.
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