ven. 30 oct. 2026

Tribune

Togo: après le coup d’État constitutionnel, le coup d’État de la pensée

Le pouvoir togolais fuit le prétoire et se réfugie dans l’amphithéâtre. Le colloque annoncé à Lomé les 29 et 30 octobre 2026 est présenté comme une rencontre scientifique. Mais son contexte politique est évident : il intervient après la réforme constitutionnelle du 25 mars 2024, qui a supprimé l’élection présidentielle au suffrage universel direct et transféré l’essentiel du pouvoir exécutif au président du Conseil.

 

Pour les autorités, il s’agit d’une modernisation. Pour leurs opposants, c’est la continuité du régime sous une nouvelle forme.

 

Le pouvoir devrait répondre de cette réforme devant la justice. Il préfère déplacer le débat vers l’université. Au prétoire, il faudrait répondre aux faits et aux décisions. Dans l’amphithéâtre, on peut multiplier les concepts, invoquer la souveraineté et transformer une question concrète en controverse théorique.

 

Le procédé est simple : ne plus parler de confiscation de l’alternance, mais de stabilité ; ne plus parler de rupture constitutionnelle, mais d’innovation institutionnelle ; ne plus répondre à la justice, mais discuter de la compétence des juridictions régionales.

 

C’est ce que l’on peut appeler un coup d’État épistémique : après avoir modifié les institutions, le pouvoir cherche à contrôler le récit de cette modification.

 

La réforme devient une modernisation. La continuité du régime devient une nécessité. Le refus d’assumer devient une défense de la souveraineté.

 

Le danger vient aussi de certains universitaires qui pourraient accepter de jouer les cautions savantes : des titres pour la vitrine, des concepts pour l’écran de fumée et une conclusion écrite d’avance pour légitimer une réforme contestée.

 

L’université doit éclairer le pouvoir, non le blanchir. Elle doit accueillir la contradiction, non fabriquer une légitimité sur mesure.

 

Un colloque ne peut pas annuler une décision de justice. Des juristes ne peuvent pas transformer une rupture constitutionnelle en démocratie. Et la souveraineté ne doit pas servir de refuge à ceux qui refusent de répondre de leurs actes.

 

Le pouvoir fuit le prétoire, investit l’amphithéâtre et espère s’évader du droit par les fenêtres de l’université. Mais un coup d’État reste un coup d’État, même lorsqu’il porte une cravate académique.